Science-Fiction, Space-Opera

Dune (cycle de Dune, tome 1), de Frank Herbert

Genre : Science-Fiction.
Première édition : 1970 en VF (Dune, 1965 en VO).
Présentation de l’éditeur : « Voici l’épopée prodigieuse de Paul Atréides, connu comme prophète sous le nom de Paul Muad’Dib, seigneur d’Arrakis et empereur appelé à devenir le messie de Dune.
Avec le cycle de Dune, Frank Herbert a brossé une fresque immense, digne, par l’intensité dramatique et le foisonnement des personnages, des plus grands chefs-d’oeuvre du roman historique classique.
On y perçoit aussi le bruit et la fureur des drames shakespeariens. Mais cette fresque ne se situe pas dans le passé. Elle se déploie dans l’avenir. Un avenir où les hommes naviguent entre les étoiles et peuplent un milliard de mondes. Parmi ces mondes, Dune, planète désertique où l’eau est plus précieuse que l’or et pour laquelle se battent les deux grandes familles des Atréides et des Harkonnen.
Car Dune produit l’Épice, drogue miracle, source de longévité et de prescience.
« 

Ma chronique :

Profitons de la prochaine sortie du film pour relire Dune ! En ce qui me concerne, la découverte de cet univers remonte au film de 1984, suivi quelques années plus tard par la lecture des deux premiers tomes. Mais ça date, et je choisis la nouvelle version révisée, avec la traduction expurgée de quelques inexactitudes.

Faut-il encore présenter le roman ? Un premier tome dense qui nous transporte immédiatement dans un autre monde complexe, inquiétant, et fascinant : l’humanité vit sur de très nombreuses planètes appartenant à un Empire galactique, mais un certain équilibre des pouvoirs s’est mis en place entre L’Empire et sa famille, les Grandes Maisons, La Guilde de l’espace et le Bene Besserit. Cette civilisation qui rejette les ordinateurs depuis le Jihad Buthlérien, grande guerre contre les « machines pensantes », a besoin de l’Épice, ne serait-ce que pour assurer la navigation spatiale, monopole de la Guilde. Mais cette Épice a aussi d’autres capacités, elle peut supprimer les barrières du temps et de l’espace pour qui possède le don pour l’utiliser. Dans ce contexte, les rivalités sont nombreuses et les inimitiés féroces.

Le lecteur est happé par les intrigues politiques, les manigances, les trahisons, et la lutte du jeune Paul pour reconquérir la planète Arrakis surnommée Dune. Mais Paul est plus qu’un Duc, car les sélections génétiques du Bene Gesserit couplées à l’Épice — élément non prévu par ce même Bene Gesserit — le transformeront en être hors-norme, doté d’une prescience floue, changeante, mais qui lui font entrevoir un avenir inquiétant. Bénéficiant de l’éducation de sa mère qui lui a enseigné les techniques de maîtrise bene gesserit, mais aussi de l’instruction de l’héritier d’un duc avec son lot d’apprentissages de la politique et des techniques de combat, Paul deviendra le chef des Fremens et leur donnera — et se donnera à lui-même — une grande victoire, promesse d’un fabuleux avenir. Enfin, promesse ? Pas tout à fait, car Paul ne sait comment éviter un futur qu’il entrevoit, marqué par le jihad qui déferlerait sur l’univers connu. La suite de la saga nous en dira plus, mais n’oublions pas que l’auteur voulait nous prévenir des chefs « providentiels » et pensait que le culte du chef annonçait des tyrannies.

Le personnage de Paul lui-même suit le schéma du héros qui chute et qui suit un long chemin pour revenir à la lumière. Mais contrairement à d’autres romans, Paul-Muad’Dib est un personnage élevé pour devenir chef, qui mûrit et surtout se durcit après la chute de sa Maison et la vie dans le désert. Connaissant la solitude du pouvoir, il apprend à diriger les hommes, à se comporter en vrai chef de guerre et finit comme un chef tout court : la scène finale montre qu’il n’hésitera pas à prendre des décisions radicales si nécessaire, même si cela ne plaît pas à ses proches.

Dune, c’est aussi des sociétés diverses comme la féodalité de l’Empire, où l’équilibre des pouvoirs est de façade et n’évite pas les alliances opportunistes, ou encore les Fremens, autres héros du livre, dont la civilisation est façonnée par les conditions de vie très rudes et le manque d’eau. Politiques, religions, manipulations à long terme, l’auteur a vu grand et décrit des systèmes complexes et, somme toute, réalistes ; que ce soit les liens amicaux ou familiaux, ou à plus grande échelle les rapports entre grandes puissances. Dans ce contexte, les complots sont inévitables, le danger est tapi partout et il est difficile pour un personnage de savoir à qui se fier, hormis ses amis de très longue date. Là aussi, le lecteur y croit, puisque même si l’univers est imaginaire, les personnages restent très humains. Les forces armées et les batailles ne sont pas oubliées, car ce roman offre un souffle épique qui ajoute au rêve pour tout lecteur.

Le Bene Gesserit évoque ces quelques femmes du passé proches du pouvoir qui ont profondément influencé leur mari ou fils tout en vivant dans leur ombre (les exemples historiques existent). Organisation de femmes qui reste mystérieuse malgré son influence, elle a tissé depuis des siècles les fils d’un projet basé sur des sélections génétiques. Les Bene Gesserit ont manipulé les religions et les croyances de peuples, mais elles-mêmes sont portées par un mysticisme qui « justifie » leur programme de sélection à travers les siècles et l’instruction des jeunes filles qu’elles prennent sous leurs ailes. Leur volonté de donner naissance à un Kwisatz Haderach doté de pouvoirs sera à la fois une réussite et un échec. Prenez garde à la réalisation de vos vœux, car vous ne maîtrisez pas tous les éléments.

Enfin, le dernier personnage de ce tome est Dune, surnom de la planète Arrakis. Un immense désert dont la majeure partie reste inconnue de l’Empire, âpre, dangereux. Pourtant, c’est la patrie des Fremens, c’est la seule source de l’Épice dans tout l’Empire, c’est un lieu de chaleur qui assèche et de pièges qui ne pardonnent pas. L’évolution écologique de la planète pendant le cycle reste un ressort dramatique, puisqu’un jour, un homme de l’Empire est venu parler aux Fremens et leur a promis une Arrakis où l’eau coulerait partout… Et les Fremens ont commencé à rêver d’une autre Arrakis.

Il m’est arrivé, parfois, de trouver que certains évènements, certains dialogues ou quelques retournements de situation étaient trop rapidement brossés. Ou, peut-être, j’en voulais encore plus ? Je chipote, car cela n’enlève rien à la dimension exceptionnelle de l’ouvrage qui, à juste titre, a marqué la science-fiction. Après Dune, difficile d’écrire un space-opera trop simpliste.

Dune (cycle de Dune, tome 1)
Le Messie de Dune (cycle de Dune, tome 2)
Les Enfants de Dune (cycle de Dune, tome 3)
L’Empereur-Dieu de Dune (cycle de Dune, tome 4)
Les Hérétiques de Dune (cycle de Dune, tome 5)
La Maison des mères (cycle de Dune, tome 6)

7 réflexions au sujet de “Dune (cycle de Dune, tome 1), de Frank Herbert”

  1. Quelle chronique.
    Vraiment.
    On te sent portée par les vents de sable qui courent sur Arrakis, les vers géants, les ornithoptères …. et tout ce qui fait de cet univers romanesque foisonnant une quasi réalité au-delà de l’imagination d’un seul homme..
    Bravo à toi. Je n’aurais pu faire mieux.
    S’embarquer dans Dune aux côtés d’Herbert est un voyage dont on ne revient pas intact. On a ce goût amer de n’en avoir pas eu assez.LA suite de cycle me semble se diluer dans le concept, y perdre pied en rêvant toujours plus haut
    S’il m’est roman pour une ile déserte c’est celui-ci sans hésitation; ceux qui suivent ne sont que dans son ombre. Dune est tout: religion, politique, écologie …
    J’appréhende le film de Villeneuve. Comme pour celui de Lynch j’en attend tant que je pourrai être que déçu. A suivre.

    Aimé par 1 personne

    1. Dune, c’est vraiment un grand moment, exceptionnel et marquant !
      J’ai souvenir aussi que la suite s’affadissait ; cependant je lis actuellement le tome 2 est c’est très bien (mais différent).
      J’ai l’impression qu’on a quand même au départ une trilogie, puis ensuite 3 romans imaginés et écrits après coup, intéressants mais moins fabuleux. Je verrai ça à la lecture, puisque je n’avais pas lu les derniers, même si je sais de quoi ils parlent.

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    1. Je me suis posé la même question : qu’écrire sur un roman si connu ?
      Et je me suis dit : tant pis, je me fais plaisir !
      J’ai dans ma bibliothèque, pas encore lu, le Seigneur des Anneaux (dans la nouvelle traduction), je pense que ce sera pareil.

      Aimé par 1 personne

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