Fantasy, High Fantasy

Feu & Sang, de George R. R. Martin

Genre : Fantasy.
Première édition : 2018 en VF (Fire and Blood, 2018 en VO).
Présentation de l’éditeur : « À son zénith, Valyria était la plus grande ville du monde connu, le centre de la civilisation. Au sein de ses remparts brillants, deux fois vingt maisons rivales se disputaient le pouvoir et la gloire, à la cour et au conseil, s’élevant et chutant dans une lutte sans fin, subtile et souvent féroce, pour la domination. Les Targaryen étaient loin d’être les plus puissants seigneurs dragons, et leurs rivaux virent dans leur fuite vers Peyredragon un acte de capitulation, de poltronnerie. Mais Daenys, la fille pucelle de lord Aenar, qu’on connaîtrait désormais à jamais sous le nom de Daenys la Rêveuse, avait prédit la destruction de Valyria par le feu. Et quand survint le Fléau, douze ans plus tard, les Targaryen furent les seuls seigneurs dragons qui survécurent. »
Trois cents ans avant les événements du Trône de Fer, Feu et sang raconte l’unification des sept royaumes.

Ma chronique :

Feu et Sang retrace la première moitié de l’histoire de la dynastie des Targaryen (la famille de Daenerys du Trône de Fer, ou Game of Thrones pour sa version télévisée), c’est-à-dire de la conquête de Westeros par Aegon Ier (environ 300 ans avant le début de la saga principale) à la fin de la régence d’Aegon III (donc sur une période de 140 ans). C’est mouvementé, sanglant, plein de rebondissements, d’actes de bravoure et de destins brisés.

Dans un style moins « romanesque » que la saga principale, puisque l’œuvre est censée être écrite par un mestre de la Citadelle de Villevieille, mestre Gyldayn, la lecture n’est en pas moins agréable. Il faut signaler ici que le traducteur actuel des textes liés au Trône de fer, Patrick Marcel, a une plume beaucoup plus fluide et proche de la VO que celui qui s’était chargé des quatre premiers tomes de la saga principale.

Ce mestre Gyldayn — si on en croit GRRM — a repris et compilé les témoignages parvenus jusqu’à lui, avec les différents ouvrages disponibles dans Westeros, pour écrire son encyclopédie (c’est donc un livre « intradiégénique » : qui existe dans l’univers du Trône de Fer et que les personnages de la saga peuvent avoir lu. Enfin, ceux qui savent lire). Dès le départ, nous devinons que les événements ne seront pas toujours relatés avec fiabilité, puisque chaque témoin du passé a son point de vue, voire défend son Seigneur. C’est particulièrement marquant dans la seconde moitié du livre, où Gyldayn confronte les écrits de trois personnages de l’époque, et donne sa propre opinion. C’est un exercice intéressant, et amusant, quand se contredisent le sérieux Grand Mestre Munkun, le moralisateur septon Eustace — un religieux — et le fou des rois Champignon, nain grivois à l’affût des ragots de la cour. Le lecteur (nous) doit parfois lire entre les lignes pour deviner la vérité.

Revenons à l’histoire : cet ouvrage commence par la Conquête-éclair d’Aegon et ses sœurs, et le règne qui s’en suivit. Cette partie (environ 7 % du total) est la seule qui ne m’ait pas passionnée, car elle présente un style peu vivant. Immédiatement après viennent la lutte entre ses deux fils, le règne sanglant de Maegor le Cruel, pour poursuivre sur le long règne de Jaenaerys. Et là, c’est une très bonne surprise : ce roi — et sa reine Alysanne — qui était peu évoqué dans les précédents textes de GRRM (il n’a pas été au centre de nouvelles publiées) s’avère fascinant. Une vie longue et mouvementée, attachée à l’unification des Sept Couronnes, entourée de personnages secondaires qui, comme habituellement chez l’auteur, sont tous intéressants.

Son petit-fils Viserys héritera d’un royaume en paix, mais il ne saura jamais vraiment résoudre les conflits latents entre sa fille aînée Rhaeryra et son fils Aegon issu d’un second mariage. À sa mort commence la Danse des Dragons. Guerre de Succession de deux ans, elle dévastera la dynastie et les dragons. Aux intrigues de cour succèdent trahisons, meurtres, complots, et batailles sanglantes entre armées ou entre dragons. Les Targaryen entraîneront avec eux des familles entières dans des massacres. Récit tumultueux et parfois épique (habituellement, les descriptions des batailles m’ennuient, mais ce ne fut pas le cas ici !), il est souvent impossible de savoir quel sera le vainqueur. Mais quand les puissants s’entretuent, qui reste-t-il à la fin ?

Concernant les Targaryen : des gamins. Le récit de la régence du jeune Aegon III est un enchaînement de tensions, de méfiances réciproques après la guerre civile qui a ravagé le pays, d’espoirs déçus et de graines semées pour un avenir mouvementé.

Parce qu’à la fin de cette lecture… j’ai très envie de connaître la suite ! Des questions restent en suspens, certains personnages que nous quittons encore jeunes promettent un grand destin, et flûte, flûte, flûte, la publication de la suite de cette « histoire des Targaryen » n’est pas prévue dans l’immédiat. J’ai eu le même sentiment après avoir lu Les Chroniques du Chevalier Errant (GRRM avait annoncé d’autres nouvelles concernant Dunk) et bien évidemment, après avoir découvert la saga principale du Trône de Fer. Grrrrr.

Petit hors sujet : bien après l’avoir lu en VO à sa sortie, je me suis offert la belle version (pseudo) intégrale en français, édition de qualité avec un beau papier fin, une couverture cartonnée et les illustrations de Doug Wheatley. Pourquoi attendre pour acheter la VF ? La politique de l’éditeur français crispe les fans : la VF a tout d’abord été découpée en deux, et surtout ne contenait même pas les illustrations de la VO ! Il fallait attendre cette version « intégrale » pour (i) avoir l’ensemble du roman et (ii) admirer les dessins de Doug Whaetley. Donc, comme beaucoup de fans français, j’ai acheté le livre numérique anglais à sa sortie, qui coûtait moins de 10 €. À noter : la version poche de cette intégrale n’a pas non plus les illustrations.

Autres chroniques dans la blogosphère : Xapur, Nevertwhere, Boudicca (partie 1 et partie 2).

8 réflexions au sujet de “Feu & Sang, de George R. R. Martin”

  1. Merci pour cette description détaillée de ce nouvel opus.
    Cependant, je n’arrive pas à surmonter ma frustration de n’avoir pas la suite de la saga principale, qu’on ne verra sans doute jamais et du coup, ma motivation pour lire des romans autour du Trône de Fer n’est pas très forte. D’autant que je ne suis pas toujours très fan de lire les romans parus autour d’une saga centrale (sauf pour Tolkien) car ils sont souvent inférieurs en qualité d’écriture et d’intrigue.

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    1. Je suis entièrement d’accord avec toi. Nous en avons discuté sur le site de la Garde de Nuit (les amateurs francophones du Trône de Fer) : au moment de la sortie, tous ceux qui peuvent lire en anglais ont opté pour l’ebook en VO pour cette raison.

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  2. Je n’avais pas noté que c’était un texte intradiégétique et « mis en scène », ça rend le livre bien plus intéressant je trouve, surtout avec l’opposition des points de vue. Pas de quoi me faire replonger dans l’univers tout de même, je crois que ça n’arrivera plus, mais je trouve ça sympa.

    Aimé par 1 personne

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