Post-apocalyptique, Science-Fiction

Les Flibustiers de la mer chimique, de Marguerite Imbert

Genre : Science-Fiction.
Première édition : 2022 en VF.
Présentation de l’éditeur : « Une folle odyssée sous des cieux aveuglants, sur des mers acides qui empruntent leurs couleurs à une délicieuse poignée de bonbons chimiques.
Tout commence par un naufrage. Ismaël, naturaliste de Rome, agonise sur un radeau de fortune quand il est repêché par le Player Killer, un sous-marin capable de naviguer dans les courants acides. Maintenant prisonnier des flibustiers de la mer chimique et de leur excentrique capitaine, Ismaël se demande comment réussir sa mission.
Sur la terre ferme, la solitude n’a pas réussi à la graffeuse Alba – omnisciente ou presque. Bien qu’elle ait tendance à confondre les dates et les noms, elle est choisie pour incarner la mémoire des survivants. Dans une Rome assiégée par les flots toxiques de la Méditerranée, la jeune femme va apprendre à ses dépens que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
Et si, séparés par des milliers de kilomètres, ignorant tout l’un de l’autre, Ismaël et Alba cherchaient à percer la même énigme ? »

Ma chronique :

Ce roman qui vient d’être publié est une immense surprise !

Embarquez dans un univers foutraque, un Mad Max revu par les Monty Python, un postapocalyptique où même la langue joue les extravagances. Soyez happé par une plume déjantée qui porte un monde détraqué. C’est drôle, incisif, irrévérencieux.

Des décennies après une catastrophe, quelques grappes d’êtres humains survivent sur les restes d’une civilisation en déliquescence. Le récit narre les aventures de deux protagonistes très différents : Ismael, naturaliste envoyé en mission, est capturé avec ses compagnons sur la mer par Jonathan et l’équipe de son sous-marin, autobaptisés Les Flibustiers. Naviguant dans les mers chimiques — qu’on devine polluées par notre civilisation — Jonathan est un personnage fascinant, affichant de prime abord une excentricité et un charisme qui lui permettent de régner sur ce petit monde qui a ses propres règles, mais il est aussi un chien fou doté d’une certaine noirceur. Ismael, lui, apparaît en comparaison comme le « sachant » raisonnable, mû par sa mission et qui tente de canaliser son geôlier. Chaque membre de l’équipage possède une personnalité fêlée ; tous ensemble, ils forment une cour improbable à l’assaut des mers. À noter Annaïg, encore enfant mais déjà « médic » (médecin), qui personnifie la perte de valeurs dans ce simulacre de société : lisez le livre pour découvrir pourquoi.

En parallèle, Alba est une jeune Graffeuse (qui a emmagasiné tout le savoir) isolée dans une grotte du sud de la France. Elle est capturée par des Étoiles pour l’emmener à Rome (bah oui, Rome est le centre du monde, même après sa chute), où siège la Métareine qui gouverne quelques milliers de descendants de survivants dans les ruines de l’ancienne capitale. Dotée d’un savoir encyclopédique (même si elle confond l’Histoire vécue et les histoires de fiction : pour elle, ce qui est écrit est vrai, ce qui occasionne quelques mélanges cocasses), la Graffeuse a développé une personnalité un brin asociale, alors que la Métareine et ses fidèles attendent beaucoup d’elle.

Le roman offre maintes péripéties et n’évite pas quelques maladresses de narration : Ismael est narrateur mais le lecteur ignore l’objectif de sa mission jusque tard dans l’histoire ; ou encore ce même lecteur découvre ce que tous les protagonistes savent — la raison de l’ancienne catastrophe — qu’à la fin du livre. Et pourtant, on pardonne tant la lecture est jubilatoire.

Car ce roman postapocalyptique est remarquable grâce à son univers, ses personnages marquants et parfois excessifs, mais aussi sa prose. On est ici dans un texte dont la plume sert le récit, avec des phrases baroques, des dialogues piquants, des expressions fantasques voire absurdes, et des réflexions extravagantes sinon assassines. Les amateurs de citations se régaleront.

L’auteure a réussi le tour de force d’imaginer un monde qui pourrait être déprimant — et les thématiques écologiques sont présentes — mais elle s’en sert pour débrider son imagination et sa truculence.

Une pépite.

Autres chroniques dans la blogosphère : Gromovar, FeydRautha, le nocher des livres, Tigger Lilly, Boudicca, Célinedanaë, Tachan, Ombrebones,

4 réflexions au sujet de “Les Flibustiers de la mer chimique, de Marguerite Imbert”

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