Fantasy, Mondes Imaginaires

Le Chant mortel du soleil, de Franck Ferric

Genre : Fantasy.
Première édition : 2019.
Présentation de l’éditeur : « Il s’appelle Araatan, il est le Grand Qsar. On le surnomme la Montagne car il est haut comme deux hommes, large comme un auroch. Le destin de ce géant est d’achever l’extermination totale des dieux. Une seule divinité a survécu : celle de la cité d’Ishroun. Pour abattre les murailles d’Ishroun et éteindre le culte de la Première Flamme, Araatan se donne un an.
Elle s’appelle Kosum. Née esclave, elle était la meilleure dresseuse de chevaux des plaines. Pour avoir tenté de castrer le fils de son maître, elle a été enchaînée nue à une tour pleine de morts. Alors qu’elle attend résignée le baiser mortel du gel, quatre cavaliers la délivrent. Ces hommes durs retournent auprès du Grand Qsar.
Kosum, qui croyait mettre un pied dans la guerre, va entamer un tout autre voyage. »

Ma chronique :

Dans un monde imaginaire qui m’a souvent évoqué les Mongols de Gengis Khan, le tyran Araatan, qui a soumis les peuples voisins, veut poursuivre l’objectif de son clan : tuer les dieux. Il n’en reste qu’un seul, « la Première Flamme », protégée dans la ville ancestrale d’Ishroun. En chemin, Araatan emprisonne un mystérieux sorcier masqué, qui prétend vivre depuis des centaines de générations. Pendant ce temps Kosum, esclave issue d’un peuple ostracisé par les religions, est condamnée pour s’être défendue contre le fils de son maître. Mais un guerrier d’Araatan, de la même ethnie qu’elle, va la délivrer.

S’en suit deux arcs narratifs, celui d’Araatan et de ses conseillers les plus proches, chefs combattants endurcis voire anciens rois, et celui de Kosum accompagnée de quelques guerriers, contraints d’entamer une quête vers le berceau d’un dieu.

Vous l’aurez compris, l’un des thèmes majeurs de ce roman est la religion, ou plutôt la vision qu’ont les hommes des divinités, ainsi que l’impact des croyances sur les sociétés, ici proche des tribus des steppes des temps anciens. L’auteur développe une thèse selon laquelle les hommes s’enferment dans les religions, même s’il n’élude pas la capacité d’espérance et de moteur que peuvent avoir les croyances sur les hommes. Pour complètement analyser son point de vue sur le sujet, il faudrait évoquer la conclusion du roman, mais ce serait du divulgâchage.

Les relations entre les différents peuples sont dans ce roman complexes et réalistes, entre pouvoirs des plus forts, alliances et méfiances, ou discriminations fondées sur des dogmes religieux (là encore). Dans ce contexte, il est presque étonnant de voir un des peuples animés du désir de « tuer les dieux », comme si c’était son destin.

L’univers de ce roman est âpre, dangereux, impitoyable, fait de sang et de sueur — beaucoup de sang et beaucoup de sueur — et le lecteur suit l’épopée des guerriers d’Araatan. En parallèle, la mission de Kosum et ses compagnons, où les mauvaises rencontres avec des clans hostiles ne manquent pas, nous permet de découvrir un autre aspect de ce monde : les anciennes contrées devenues des déserts inhospitaliers, où avaient vécu des civilisations disparues avec leurs dieux.

Nous ne sommes pas dans une Fantasy épique habituelle, malgré les nombreux combats : non seulement le surnaturel est peu présent et les hommes ne peuvent compter que sur leurs propres ressources pour survivre, mais aussi l’auteur prend — beaucoup — son temps pour exposer la vie et les pensées de ses personnages, dans une prose très travaillée, presque trop. Et c’est là ma seule vraie critique de ce roman : certes, le vocabulaire est riche et les descriptions très fouillées. Mais parfois, on croise un terme inusité sous prétexte de « médiévalisation », ce qui freine le lecteur, et certaines tournures de phrases sont tellement inhabituelles qu’elles nuisent à la fluidité du paragraphe. À mon humble avis, chercher à aller trop loin dans la recherche du beau texte est un piège.

Il n’en reste pas moins que c’est un roman dense, grâce à un univers approfondi et sombre, une thématique forte, et quelques personnages marquants.

Je serai très curieuse de lire les prochains romans de l’auteur.

Autres chroniques dans la blogosphère : Gromovar, Xapur, l’Ours critique, le chroniqueur, Just A Word, Dionysos, Lorhkan, CélineDanaë,

4 réflexions au sujet de “Le Chant mortel du soleil, de Franck Ferric”

  1. Celui-là est sur ma P.A.L. depuis un moment, mais je n’arrive pas à m’y mettre : peut-être viens-tu de donner le coup de pouce nécessaire ? Même si, ces temps-ci, ma P.A.L. est en phase d’explosion.
    En tout cas, j’avais beaucoup aimé Trois oboles pour Charon, très dur et exigeant également, mais très fort.

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne connaissais pas cet auteur, mais cet été je suis passée chez Gilbert Jeune et je suis repartie chargée comme une mule de romans AMI^^.
      J’ai pris ce livre sans trop savoir à quoi m’attendre, et je suis très contente de ma découverte.

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  2. « certaines tournures de phrases sont tellement inhabituelles qu’elles nuisent à la fluidité du paragraphe » : c’est un peu une variante du « syndrome fantasy », mettre plein de noms de personnages et de lieux quasi-illisibles pour faire exotique. Ce n’est pas très motivant, heureusement que le reste l’est un peu plus. Surtout que j’avais bien aimé « Trois oboles pour Charon », ça méritera que j’y jette un oeil. ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Ici, les noms des personnages sont prononçables, heureusement^^
      Je pense que l’auteur a souhaité proposer un texte littéraire, mais c’est un peu trop poussé (à mon avis) sur les descriptions.
      Je n’ai pas lu ses précédents romans donc je ne peux pas comparer, mais ça reste une bonne lecture avec un univers prenant.

      J’aime

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