Planet-Opera, Science-Fiction

Piège sur Zarkass, de Stefan Wul

Genre : Science-Fiction.
Première édition : 1958.
Présentation de l’éditeur : « Zarkass : une planète tropicale, lointain protectorat de la terre, habitée par une race antique dont la civilisation évoque à la fois l’Egypte des Pharaons, l’Afrique noire au temps de Stanley et la République Hawaïenne des « tontons macoutes ». Deux terriens sont partis l’explorer. L’expédition qu’ils dirigent, sous prétexte de recherche géologique est en réalité une mission d’espionnage dont l’objectif est de favoriser la consolidation du protectorat terrien sur Zarkass.
Une fois parvenus dans la capitale des Zarkassiens, Laurent et Darcel parviendront-ils à endormir les soupçons de la police locale et à déjouer sa vigilance ?
Car il ne suffit pas d’entrer dans la peau d’un autre pour passer inaperçu parmi les indigènes. Encore faut-il pouvoir en sortir avant que se referme le Piège sur Zarkass…
« 

Ma chronique :

Je poursuis ma découverte de l’œuvre de Stefan Wul (auteur français, malgré son nom de plume) avec ce roman dont le titre cogne : Zzzarkassss !

Darcel et Laurent, agents des autorités terriennes, sont en mission secrète sur Zarkass : la planète était auparavant un protectorat de la Terre, mais les Zarkassiens se rapprochent des Triangles, êtres mystérieux et inconnus, et que les autres peuples nomment d’après la forme de leurs vaisseaux. Se faisant passer pour des géologues, nos deux héros explorent la nature de la planète avec des guides zarkassiens. Ils souhaitent rejoindre le site où un vaisseau Triangle s’est écrasé. En route, ils devinent qu’un de leur guide est en réalité un espion des autorités zarkassiennes.

Dès le début du roman, nous sommes plongés dans un monde étrange. L’auteur a construit un worldbuilding très inventif, étonnant, et parfois drôle. La faune, la flore, la géographie, les Zarkassiens : toute la première partie est source d’émerveillement, dans la prose soignée et riche habituelle de Stefan Wul. Très vite, des événements inquiétants arrivent : un volcan en activité, de longues colonnes d’obsidiennes qui sortent de terre, des îles vues en rêve qui ressemblent à des mains ou des crânes… Les deux espions vivront des aventures inattendues, et la fin n’est pas celle qu’on aurait pu croire au démarrage de l’histoire, sans être absurde par rapport aux éléments présentés au début. En réalité, d’une expédition en pleine jungle, on glisse vers un récit d’espionnage dans une ville où des intérêts divergents s’affrontent, puis vers le fantastique, sans jamais perdre une cohérence d’ensemble.

Roman ancré dans son époque, le contexte évoque les grandes puissances se disputant l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique du Sud. Il oppose aussi le monde très technologique des humains à celui des « indigènes » plus proches de la nature et des anciennes croyances, tout en se moquant et dénigrant les quelques « indigènes » qui copient servilement les cultures étrangères. La conclusion suggère que l’auteur espère une voie qui allierait le meilleur des deux civilisations (mais n’espérez pas une fin heureuse pour tous les protagonistes).

Même si c’est de la « vieille SF », ce roman vaut le détour grâce à son inventivité, son intrigue et sa prose. C’est pourquoi il est dommage de ne plus trouver en version numérique cet auteur que je considère comme appartenant au patrimoine de la SF française (j’avais profité d’une promotion d’une maison d’édition aujourd’hui disparue, comme l’ensemble de mes ebooks de Stefan Wul, et je l’ai sorti de ma PAL 3 ou 4 ans après).

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16 réflexions au sujet de “Piège sur Zarkass, de Stefan Wul”

  1. Le plus « vancien » (Jack Vance) parmi les quelques romans SFFF écrits par Stejan Wul.
    A l’origine paru en Fleuve Noir Anticipation en 1958 (eh oui, çà date mais çà ne prend guère de rides):

    Réédité (insigne honneur) dans le peu de romans parus en A&D Classiques.
    Wul fut une comète au sein des littératures de l’Imaginaire et un bon prosateur inattendu dans une collection qui manquait de belles plumes.

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    1. C’est vrai que son imagination peut se comparer à celle de Jack Vance dans ce roman. Quant à la couverture originelle, je l’avais vue mais j’ai préféré mettre celle de la version que j’avais, même avec l’énorme faute dans le titre (« en » au lieu de « sur ») : je la trouve moins effrayante !
      Stefan Wul est un auteur qui m’impressionne par la qualité de sa plume et par ses histoires très imaginatives, et je regrette qu’il ait si peu écrit (2/3 ans à la fin des années 50, même s’il avait peut-être commencé ses manuscrits avant ; et un bref retour dans les années 70).
      De mon point de vue, c’est un des meilleurs écrivains de la « vieille » SF française !

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    2. Son cas est un tantinet similaire à celui de Kurt Steiner (même époque, voire un peu postérieure, je ne vérifie pas), de vrai nom André Ruellan, qui amorça une courte carrière en FNA et fut réédité, notamment en J’ai Lu. Plus SF de fond quand même (et Fantastique)…

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      1. Ah ? Je ne connais pas Kurt Steiner.
        J’ai l’impression qu’on a ici l’influence de la SF anglo-saxonne, ou plutôt : seuls les anglo-saxons sont bons, les autres auteurs sont écartés. Même avec leurs noms de plume à connaissance anglaise, ils ont rarement été placés à leur juste niveau (à part peut-être Niourk de Stefan Wul, parfois étudié au collège).

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      2. Si j’interprète correctement ton propos: Wul et Steiner ne sont les seuls français à disparaitre abruptement du paysage SF: Michel Jeury (loin d’avoir été un météorite) qui file en fin carrière vers le roman de terroir, Brussolo qui s’échappe à cause du voisinage, Antoine Volodine pour la littérature blanche.

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  2. connaissez vous l’histoire de « french pulp » et de son ignoble patronne, honni dans les réseaux auteurs et lecteurs, cherchez sur la toile, il ne faut pas l’enrichir

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    1. Oui, je connais, mais cette maison d’édition a été liquidée (= fermée), et ses éditions ne sont plus en vente. Donc non, je ne l’enrichis pas.
      Les seuls moyens de se procurer ce roman sont en version papier : soit en occasion avec les anciennes éditions Fleuve Noir ou Pocket (on n’en trouve pas en French Pulp) ; soit les Intégrales publiées par Bragelonne.
      Il n’y a pas de possibilité de se les procurer en ebooks, à ce jour.

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  3. Extrait d’une itw donnée par l’auteur:
    « Mon bonheur, c’était de donner corps à tous ces paysages fabuleux qui naissaient dans mon esprit, pour les projeter dans le mental de mon lecteur. Préoccuper du désir de partager avec lui toutes mes sensations, je découvrais de multiples façons d’agir sur son esprit, en créant un cinéma total. »
    In: http://farlen.free.fr/livres/pdf/pdfpres/cpe3.htm

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      1. C’est un peu cette dimension qui manquait aux autres auteurs du FNA (à la prose au kilomètre pour certains). C’est cette présence qui a rendu Wul atypique et marquant. On l’a retrouvé plus tard sous la plume de Suragne mais sous une autre forme, plus introspective, politique.

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