Essais et Analyses, Non-Fiction

Notre monde selon Balzac : Relire la Comédie humaine au XXIe siècle, d’Alexis Karklins-Marchay

Genre : Non-Fiction.
Première édition : 2021.
Présentation de l’éditeur : « Il est urgent de relire Balzac. Observateur exceptionnel et véritable visionnaire, l’auteur de la Comédie Humaine comprend que le peuple français est chauvin, inconstant, versatile, passionnel, éruptif, obsédé par l’apparence et l’égalitarisme, peu respectueux des lois et de l’autorité. Il dénonce les méfaits de l’administration pléthorique, de la fiscalité et de la centralisation. Il déplore la saleté, la paupérisation croissante et le coût de la vie à Paris. Il s’inquiète de la misère rurale et de l’isolement des provinces. Il rédige un véritable traité d’économie politique et fournit des pistes pour combattre le sous-développement ainsi que la pauvreté. Il souligne le rôle décisif des entrepreneurs. Il réinvente le marketing des produits, imagine des campagnes publicitaires et propose des règles de bonne gestion d’entreprise. Il critique la puissance de la bourse et le comportement de certains banquiers. Il s’attriste de voir la France devenir une nation mesquine et déclinante. Il reproche aux journalistes leur suivisme, leurs collusions avec les milieux politiques ou d’affaires, leur manque d’intégrité et leur tentation d’inventer ces fausses vérités qu’on nomme fake news. Il incrimine le système éducatif et moque son élitisme néfaste. Il stigmatise la médiocrité du politique tout en concevant des réformes de la justice, de la santé, des impôts ou de la fonction publique. Il défend enfin l’émancipation et le respect des femmes à une époque où le féminisme n’est pas encore né.
Véritable voyage à travers l’une des fresques parmi les plus imposantes de la littérature internationale,
Notre Monde selon Balzac propose une synthèse de la philosophie de l’écrivain. Destiné à un large public, cet ouvrage permet de (re)découvrir l’incroyable modernité de l’un des plus grands auteurs français.« 

Ma chronique :

Je remercie Babelio et les éditions Ellipses pour l’envoi de cet ouvrage.

L’auteur de cet essai s’est passionné pour Balzac et la Comédie Humaine, à tel point qu’il nous propose un recensement détaillé de thématiques qui parcourent l’œuvre de ce monstre littéraire, extraits à l’appui. Paris et les provinces françaises si différentes, le monde des affaires, les défauts mesquins de ses contemporains, les inégalités sociales très marquées, la politique… Divers sujets sont examinés à travers le texte, pour dessiner une France du XIXe siècle, et étonnamment le projet d’Alexis Karklins-Marchay de démontrer des invariants toujours actuels est plutôt réussi.

Dans une société en bouleversement (lent déclin de l’Aristocratie et montée de la bourgeoisie, industrialisation balbutiante, ruptures politiques), on comprend que l’âme humaine reste immuable et Balzac décrit des agneaux qui se corrompent pour devenir loups ou… qui l’ont toujours été. Paris si cruelle envers ceux qui ne réussissent pas, la province si sévère envers les pauvres, tout un monde foisonnant de banquiers froids, de nobliaux désargentés, d’entrepreneurs attirés par le luxe, de journalistes qui vendent leur plume, de jeunes pleins d’espoir à la recherche de relations, de notaires avares et j’en passe. Les passions qui les animent pourraient se dérouler aujourd’hui sans difficulté.

Les longs extraits dessinent une France à la fois aimée et critiquée. Le poids et la lenteur de l’administration, les risques à entreprendre une nouvelle activité, le monde des affaires faible avec les puissants et intraitable avec les faibles, la prépondérance de l’argent et le culte de l’apparence, les nuisances de l’élitisme, les relations incestueuses entre des journalistes et des politiques… Les parallèles avec nos problèmes contemporains sont frappants à la lecture de cet essai.

L’auteur n’élude pas certains aspects de la pensée de Balzac qui plairaient moins aujourd’hui : même si ce génie était pour la liberté économique ou pour une éducation offerte à tous (rappelons-le, nous sommes dans la première moitié du XIXe où l’école obligatoire n’existait pas), ses penchants sont conservateurs et il montre une fascination pour une société aristocratique et catholique. Malgré tout, il montre une sensibilité certaine à la condition féminine, déplorant les contraintes sociales qui pèsent sur elles, les maris violents et le triste destin de celles qui n’ont pas de dot.

Enfin, et ce n’est pas le moindre, cet ouvrage évoque des romans ou nouvelles méconnus de Balzac et donne envie de les découvrir. Une des particularités est que les extraits sont plus longs que les explications ou analyses d’Alexis Karklins-Marchay : une mise en bouche certaine avant une éventuelle relecture de ce monument de la littérature française, cependant le résultat est si concentré qu’il vaut mieux lire cet essai « par tranche ». La Comédie Humaine : 90 romans, nouvelles et essais, à lire ou à relire après cet ouvrage !

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