Science-Fiction, SF Générale

Cartographie des nuages, de David Mitchell

Note : 19/20.

Genre : Science-Fiction (et aussi : Fantastique, Historique, Polar, Contemporain).
Première édition : 2004 (Cloud Atlas).
Présentation de l’éditeur : « Adam Ewing est un homme de loi américain, embarqué à bord d’une goélette partie de Nouvelle-Zélande et faisant route vers San Francisco, sa ville natale. Il n’a rien à voir avec Robert Frobisher, lequel, un siècle plus tard, se met au service d’un compositeur génial pour échapper à ses créanciers. Ni l’un ni l’autre ne peuvent connaître Luisa Rey, une journaliste d’investigation sur la piste d’un complot nucléaire, dans la Californie des années 70. Ou Sonmi~451, un clone condamné à mort par un État situé dans le futur.
Pourtant, si l’espace et le temps les séparent, tous ces êtres participent d’un destin commun, dont la signification se révèle peu à peu. Chaque vie est l’écho d’une autre et revient sans cesse, telle une phrase musicale qui se répéterait au fil d’innombrables variations.
« 

Ma chronique :

J’ai eu envie de lire ce livre, car le film Cloud Atlas qui s’en inspire m’avait beaucoup plu. Mais comment parler de ce livre?

Pour commencer, il est bien écrit, et très bien traduit. J’ai pris un immense plaisir à le lire !

Ce n’est pas une, mais six histoires, qui se déroulent à des époques différentes, et qui sont écrites dans des styles eux aussi variés :
* première époque : nous lisons le journal qu’écrit vers 1850 Adam Ewing, jeune notaire de San Francisco qui traverse le Pacifique en bateau avec son ami le Dr Henry Goose. Dans un style très littéraire, le protagoniste découvre les injustices subies par certains peuples (roman historique).
* deuxième époque : nous découvrons les lettres écrites en 1931 par Robert Frobisher, jeune musicien déshérité. Anglais réfugié dans les Flandres pour échapper à ses créanciers, il se met au service d’un vieux compositeur reconnu (roman épistolaire mélodramatique).
* troisième époque : nous suivons l’enquête de Luisa Rey, jeune journaliste qui découvre un complot de grandeur ampleur, au cours d’un récit trépidant comme savent le raconter les Américains (polar).
* quatrième époque : de nos jours en Angleterre, nous nous amusons des catastrophes arrivant à Timothy Cavendish, éditeur misanthrope se retrouvant enfermé dans une maison de retraite par son frère encore plus filou que lui (comédie britannique).
* cinquième époque : dans une Corée futuriste inspirée de Philip K. Dick, nous assistons à l’interrogatoire de Somni~451, clone humain arrêtée et condamnée car elle menace cette société consumériste reposant sur l’esclavage des clones (science-fiction dystopique).
* sixième époque : dans un très lointain futur à Hawaï, Zachry et sa tribu survivent et combattent une horde cannibale. La civilisation a disparu, et avec elle le savoir et le beau langage… (roman post-apocalyptique)

C’est un roman où il faut accepter de se laisser emporter par la narration, les protagonistes et les événements. La langue évolue et perd sa beauté au fil du temps : élégante au XIXème siècle, standard dans la deuxième moitié du XXème siècle, elle devient malmenée dans le monde apocalyptique où règles et syntaxes sont oubliées. Il faut souligner le talent du traducteur, qui non seulement respecte le style de chaque époque, mais aussi qui arrive à nous rendre très lisible la dernière époque (post-apocalyptique) alors que le langage devient une bouillie, à tel point qu’on l’oublie et qu’on continue à plonger dans le récit pour suivre les aventures de Zachry.

Les liens entre les histoires et les personnages sont tenus, mais ils installent une ambiance légèrement fantastique : une tache de naissance similaire, et un document produit par le personnage de l’époque précédente qui tombe entre les mains du protagoniste de l’époque en cours sans qu’il y ait vraiment d’impact sur son histoire.

Alors quel est le vrai lien, et le sens général de ce roman?

La réponse réside dans la construction du récit, qui est très différente de celle du film. Dans la version cinématographique, les réalisateurs passent constamment d’une époque à l’autre. Pour le roman, l’auteur a choisi d’abord de raconter chaque aventure dans l’ordre chronologique, en s’arrêtant à chaque fois à la moitié de l’histoire pour passer à l’époque suivante. Arrivé à la sixième et dernière époque (post-apocalyptique), il va jusqu’au bout de la narration, pour remonter le temps et terminer les récits des époques précédentes. Arrivé dans la période polar des années 70, un paragraphe nous suggère qu’il est possible de modifier le futur. Je m’attendais donc à un événement fantastique, et … pas du tout !

Nous remontons peu à peu dans le temps, nous prenons du plaisir à retrouver des personnages que nous avions laissés de côté, nous nous demandons sans cesse quel est le fin mot de l’histoire… Et nous découvrons enfin le thème qui lit les époques et qui soutient le récit dans les dernières pages. Et oui, les dernières pages. Mais quand on le lit, cela semble tellement évident ! Ce tour du force est permis par la construction du roman qui est très solide, plus que celle du film, tout en délivrant un message plus subtil.

J’ai regardé divers commentaires de ce livre après l’avoir lu, et les jugements sur la tonalité optimiste ou pessimiste de l’oeuvre diffère grandement selon les chroniqueurs. De mon côté, j’ai préféré y voir une note positive : l’avenir de l’humanité est entre nos mains, si nous le voulons bien.

Mon avis : 19/20.

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