Écriture, Non-Fiction

L’anatomie du scénario, de John Truby

Genre : Guide / manuel.
Première édition : 2007 (The Anatomy of Story: 22 Steps to Becoming a Master Storyteller).
Présentation de l’éditeur : « Raconter une histoire ne s’improvise pas. La narration est un artisanat qui, avant de pouvoir prétendre à l’art, exige le respect de règles que John Truby a rassemblées dans cette Anatomie du scénario.
Sa méthode unique nous fait entrer dans les secrets de fabrication de ce qui constitue la condition première de la réussite d’un film : une bonne histoire, et nous guide pas à pas dans la construction des personnages, de l’intrigue, de l’univers du récit, des dialogues, en détaillant les vingt-deux étapes incontournables dans l’écriture d’un bon scénario.
Dans cette nouvelle édition, augmentée de questions/réponses tirées de ses master class avec ses étudiants français, et toujours plus tournée vers la pratique, vous apprendrez comment résoudre les problèmes spécifiques du scénariste, qu’il écrive pour le cinéma ou la télé, à partir d’exemples analysés en profondeur, allant des plus classiques (Casablanca, La Vie est belle, Le Parrain) aux plus récents (Un prophète, L’Arnacœur, Breaking Bad ou Star Wars).
« 

Ma chronique :

Ce manuel (cette somme !) a acquis la réputation d’une bible auprès de beaucoup de scénaristes et d’écrivains. Ceux qui me connaissent savent que j’écris actuellement mon premier roman de science-fiction, donc j’ai souhaité le découvrir. Ce pavé s’avère être un pensum qu’il faut décortiquer lentement sous peine de crouler sous les analyses à ingurgiter, et il est sans doute ardu pour les « grands débutants ». Sinon, que faut-il en penser ?

La remarque la plus évidente est que ce guide est plus adapté à l’écriture de scénarios que de romans. Il n’y a pas de tromperie, c’est dans le titre. Les techniques d’écriture de roman ne sont pas abordées, et pour cause. Cependant, un écrivain en herbe y trouvera de nombreuses pistes de réflexion sur l’architecture d’une histoire ou la construction des personnages.

Même pour un aspirant-auteur, je conseille de le consulter, quitte à critiquer certains points de vue. Pourquoi ? Parce qu’il est utile (à mon avis) de se poser des questions sur son propre roman par rapport aux thèmes qu’il décortique. Par exemple, arriver à écrire sa prémisse pour vérifier… qu’on a une histoire intéressante et solide, justement ! Ses analyses d’un personnage marquant, des liens entre les protagonistes ou du débat moral enrichissent la réflexion. J’ai aussi lu avec attention le chapitre sur le tissage des scènes.

Mais j’ai le sentiment que ses idées sur le besoin et le désir sont reprises de manière peu subtile par beaucoup de scénaristes. De plus, il s’avère que ces schémas ne fonctionnent pas systématiquement dans de grands romans réputés. Je résumerais en écrivant que ces parties aident à approfondir une histoire, mais qu’elles ne peuvent pas s’appliquer à tous les romans.

Par contre, j’ai trouvé que sa conception de certains types d’intrigues (assénées comme des vérités) correspondait à des trames vues et revues. Je ne recommanderais pas à un scénariste en herbe de se fier aveuglément au chapitre en question, sinon il n’écrirait qu’une copie de milliers de films, que ce soit un policier, une romance ou une comédie ! L’exposé des « vingt-deux étapes incontournables » du scénario est en lui-même séduisant, mais gare à l’uniformité propre à certains genres.

La deuxième réserve est dans la personnalité de l’auteur, et sa manière un brin agaçante d’exposer ses théories ou concepts : si vous ne suivez pas à la lettre ses conseils, votre intrigue sera plate et vos personnages seront creux. C’est l’auteur (scénariste reconnu) qui l’affirme. Certes, il argumente et cite des exemples… et prend soin d’écarter les contre-exemples ! Dans un domaine aussi difficile à schématiser et à « mettre dans des cases » que la création artistique, ce genre d’injonction m’irrite. En lisant ce recueil empreint de l’enthousiasme avec laquelle John Truby expose ses recettes, on pourrait croire qu’il suffit d’appliquer à la lettre sa méthode pour écrire le meilleur film de l’année (présenter ses théories de cette manière est un réflexe très américain).

Donc vous l’aurez compris, il faut savoir prendre du recul quand on étudie ce manuel : des chapitres sont très utiles, et d’autres sont à considérer avec circonspection.

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