Non-Fiction, Témoignages

Les galériens de la République, de Bernard Ravet

Mon avis : 18/20.

Genre : Témoignage.
Première édition : 2020.
Présentation de l’éditeur : « Huit français sur dix déclarent faire confiance aux maires – ce sont les derniers élus à résister à la défiance voire à la colère populaires. Et pourtant, ils n’en peuvent plus : un maire sur deux ne se représentera pas aux Municipales de 2020. Parmi eux, une majorité d’élus des villes de moins de 1 000 habitants, qui représentent près des trois quarts des communes françaises.
Que se passe-t-il dans nos villages pour que les élus soient à ce point écœurés par l’exercice du pouvoir ?
Adjoint au maire de Châtillon-en-Diois dans la Drôme, Bernard Ravet conte dans ce livre les mille et un tracas que subissent les élus locaux, ces « galériens » de la vie publique. De la part d’un État qui empile les normes, les échelons administratifs et les lois qui privent les maires de toute marge de manœuvre, au lieu de les écouter et de les aider. De la part de collectivités territoriales paralysées par les enjeux politiciens. De la part, aussi, de citoyens toujours plus pressés, exigeants et indifférents au bien commun, qui attendent tout et tout de suite de leurs édiles.
L’histoire qui se joue à Châtillon, 550 habitants, jolie bourgade médiévale chantée par Giono, est celle de tous nos villages : celle d’un délitement de notre démocratie. Car, comme le soulignait le sénateur Philippe Bas après la mort du maire de Signes, écrasé par une camionnette alors qu’il luttait contre une décharge sauvage : « La commune, c’est une petite République dans la grande, c’est là que se forge la citoyenneté dans notre pays. »
Et si la crise démocratique pouvait se résorber en repartant des territoires ? »

Ma chronique :

Je remercie Babelio et les éditions Kéro pour l’envoi de ce livre, qui s’est avéré être un témoignage en forme de coup de poing sur la situation des petites communes en France. Décrit avec une plume très vivante, où l’attachement de l’auteur au pays de ses ancêtres est évident, je l’ai lu d’une traite !

Ancien proviseur et jeune retraité, Bernard Ravet est adjoint au maire d’un village 550 personnes depuis 2014. Il commence son récit par l’évocation d’accouchements difficiles, voire dramatiques, parce que la maternité voisine a fermé et que les futures mamans sont obligées d’avoir un trajet trop long en cas de difficulté. Cet exemple est le symptôme du sentiment plus général d’abandon par l’État, impression renforcée par la lente disparition de services publics ou de santé nécessaires à la vie quotidienne.

Mais notre adjoint au maire ne s’arrête pas là. Il décrit les tracasseries administratives et les règlements de plus en plus stricts qui pourrissent la vie des édiles et de leurs équipes. Les exemples qu’il cite sont édifiants, et il rappelle que les petites communes n’ont pas les compétences pour effectuer leurs tâches dans le respect de contraintes légales qui s’avèrent bien trop lourdes. Aidé d’un personnel en nombre restreint mais dévoué, il évoque un quotidien où il faut continuellement se battre pour le moindre sujet, alors qu’il est sans formation dédiée, sans vrai service administratif municipal, sans budget, et sans conseil des grandes administrations.

L’État et ses fonctionnaires imposent de plus en plus de lois contraignantes, mais il ne donne pas aux maires les moyens d’y faire face : la baisse des dotations budgétaires couplée à des lois pensées loin des campagnes entraînent l’abandon de projets publics ou privés qui auraient pu maintenir l’attractivité des villages.

Bernard Ravet relate aussi le sentiment de dépossession des équipes municipales de ces petites villes, quand elles doivent intégrer des communautés de communes qui décident à leur place et dans lesquelles elles ont peu d’influence. Cette évolution récente menace d’amplifier le découragement chez certains.

L’auteur n’oublie pas d’évoquer en parallèle le changement de mentalité d’une partie des administrés, qui n’hésitent plus à se montrer vindicatifs, voire violents, quand une décision ne leur plaît pas.

Beaucoup de maires de ces villages ne se représentent pas aux prochaines municipales. Écœurés, ils jettent l’éponge.

J’ai beaucoup apprécié ce témoignage qu’il faut lire pour mieux comprendre tout un pan de la France, angle mort des politiques publiques. On se prend à espérer qu’un mouvement inverse sera enclenché, pour la survie de toutes ces petites villes.

Mon avis : 18/20.

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