
Genre : Fantasy.
Première édition : 2026.
Couverture : Didier Graffet.
Ma chronique :
L’Odyssée est d’actualité ces derniers temps, avec la sortie du film de Christopher Nolan. Hasard du calendrier éditorial, Albin Michel Imaginaire nous propose le premier tome d’Ithaque. Est-ce que la réécriture de Laurent Mantese vaut le détour ?
Le lecteur est frappé en premier lieu par la qualité de la prose. Son style littéraire – tout en restant fluide – embarque immédiatement dans un monde âpre et sombre.
L’histoire est connue, et l’auteur a choisi de respecter l’intrigue du poème d’Homère. Il nous présente une armée grecque réaliste, ou plus précisément : j’imagine aisément qu’à l’époque supposée des faits, les guerriers se comportaient de manière aussi sauvage et sanglante. À la réflexion, certains groupes de combattants le sont encore aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces lignes. Revenons au roman : les Achéens ont vaincu les Troyens et retournent chez eux. En chemin, ils débarquent près de la ville d’Ismaros, et sous prétexte de se ravitailler, ils pillent, violent et massacrent. Le ton est donné : l’humanité est montrée dans toute sa monstruosité, avec une tuerie inutile et cruelle. Les guerriers, au sortir d’un conflit impitoyable de dix ans, sont ivres de rage meurtrière. Voici, pour Laurent Mantese, l’élément déclencheur de la colère des dieux, et ce crime sera lourdement puni.
Ulysse aussi est contaminé par cette fureur, même si quelque chose au fond de lui ressent de la tristesse devant ce sang versé. Il est humain, c’est-à-dire faillible et capable du pire. Seul un renoncement de dernière minute sauve – un peu – son âme.
Le roman est baigné par la confrontation entre la sauvagerie et une humanité qui vacille. Il prend en outre le parti de ne pas exposer les antagonistes comme des monstres antihumains, mais comme des êtres ayant leur propre nature ou leur propre culture, à l’instar des Lotophages. Le peuple décrit ici est bien différent du mythe et rejoint une autre légende (je ne vous dis pas laquelle, lisez le livre). Les Achéens rencontrent une société au système opposé à ce qu’ils connaissent, et le conflit est inévitable.
L’épisode du cyclope Polyphème est particulièrement réussi. Sa nature est de dévorer les animaux, y compris les humains. Rongé par sa longue solitude, il rêve d’avoir des amis, sans savoir ce que ça signifie. Sa naïveté, née d’une vie isolée où il n’a jamais été confronté à l’autre, le conduira à une tragédie grecque (huhu) et un drame de l’incompréhension mutuelle.
Mention spéciale aussi au Palais d’Éole, modèle de réinvention qui mêle un épisode de l’Odyssée avec d’autres mythes antiques et un soupçon d’horreur, pour nous offrir un récit et des personnages très différents de l’histoire originelle, tout en restant très cohérent.
On s’arrêtera ensuite au pays des géants, où la monstruosité est plus évidente, d’autant plus qu’ils ne respectent pas les principes de la civilisation selon les Achéens.
Ulysse et ses compagnons sont repensés dans ce cadre sombre. Les divers personnages sont bien campés avec des personnalités variées, ce qui ne sera pas sans créer des frictions. Le lecteur imagine sans peine que les vrais guerriers grecs étaient aussi brutaux, misogynes et égoïstes. Ce n’est pas une histoire de héros. Ulysse a perdu son humour et un peu de sa ruse du poème originel, au profit d’un chef de guerre vieilli aux prises avec des hommes au bord de la rébellion, puisqu’il échoue à tenir sa promesse et à les ramener chez eux. Si les dieux empêchent Ulysse de retourner en ligne droite à Ithaque et lui imposent des épreuves, le comportement des compagnons est un obstacle plus difficile à surmonter. Dans cet univers mythologique, Laurent Mantese a apporté un surcroît de psychologie qui rend l’ensemble humain et réaliste, malgré les tempêtes divines et les monstres.
Le dernier chapitre – un autre rêve prémonitoire d’Ulysse, après le premier qui ouvrait le tome – renverse ce qu’on sait de la suite des aventures. Je suis très curieuse de découvrir ce que l’auteur a concocté.
Nous avons là un premier tome dense, bien écrit, respectueux du matériau original tout en nous surprenant souvent, et nous offrant toujours une vision très humaine : si le danger rôde à chaque escale, une armée éreintée se délite.
Autres chroniques dans la blogosphère : Gromovar, le nocher des livres, Tachan, Just a Word, Weirdaholic,
Présentation de l’éditeur : « Après avoir guerroyé dix ans à Troie et vaincu l’ennemi par la ruse, il est temps pour le roi d’Ithaque, Ulysse, de retourner au pays natal et de rejoindre sa femme, Pénélope.
En chemin, à la tête d’une flflotte de dix nefs, Ulysse donne ordre de saccager la ville d’Ismaros, alliée à l’ennemi troyen. Lui et ses guerriers se déchaînent : ils tuent, violent et volent tout ce qui peut l’être.
Profondément troublé par son attitude et celle de ses hommes, doutant du bien-fondé de la guerre de Troie et de lui-même, Ulysse reprend la mer et, sous un ciel d’un vert impossible, ne tarde pas à se convaincre que les Dieux l’ont maudit.
Dès lors, le retour à Ithaque sera-t-il même possible ?
Dans une langue lyrique, incandescente, Laurent Mantese nous plonge dans une odyssée toute de bruit et de fureur, où le destin semble être un personnage à part entière. »

Oui, c’est un héros déchu qu’il nous conte, et c’est justement ce qui fait la saveur de ce tome comme tu le soulignes si bien.
Avec la sortie du film, ça me donne presque envie de déjà le relire pour comparer les deux visions. Excellent choix d’AMI de le sortir maintenant ^^
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Oui, la date de sortie est idéale 🙂
ET ce bouquin donne envie de se replonger dans la mythologie, ne serait-ce que pour découvrir toutes les sources d’inspiration de l’auteur.
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