
Genre : Science-Fiction
Première édition : 2024.
Couverture : Robert Proch.
Ma chronique :
Cette nouvelle collection ambitionne d’explorer avec exigence la diversité de la science-fiction, en réunissant des nouvelles d’auteurs de premier plan et quelques articles. Cet opus, le premier, analyse le concept de multivers. Il commence par un texte inédit en français de l’immense Philip K. Dick, rien que ça.
Joe Protagoras est vivant et il vit sur Terre, de Philip K. Dick : ce synopsis détaille ce qui aurait dû être un roman, et en le lisant on regrette que l’auteur ne l’ait pas développé. Il explore l’idée de mondes parallèles avec originalité. Arthur Self, bras droit d’un dictateur, veut le convaincre que lui, Arthur, serait meilleur dirigeant, mais les mondes parallèles où Self est le dirigeant montrent que ces versions sont pires. Alors l’aspirant dictateur a l’idée de poser de faux artefacts dans ces mondes parallèles, faux artefacts repérables, et qui par ricochet feraient croire que ces mondes sont faux… La conclusion de ce synopsis a une ambition philosophique un brin désespérée (nous sommes chez Dick), et quand on a lu ce texte on se dit que le roman aurait été du tonnerre.
Des Myriades de mondes, de Larry Niven : les mondes parallèles existent, et ils ont été découverts l’année précédente. Chaque fois que vous prenez une décision, deux mondes se créent : celui où vous vivez, et celui où votre alter ego a pris l’autre décision. Gene Trimble enquête sur une épidémie de suicides, et s’interroge en parallèle sur les implications de cette infinité de mondes parallèles. Excellente nouvelle.
1016 contre 1, de James Patrick Kelly : États-Unis, 1962. Ray est un garçon passionné par les lectures de science-fiction. La vie dans une petite ville américaine, entre un père commercial et une mère élégante, mais alcoolique, est très bien rendue. Ray, isolé, fait la connaissance de Cross. Ne confiez pas l’avenir du monde à un gamin !
Le Reste n’est que spéculation, d’Eric Brown : Channon se réveille, des milliards d’années après la fin de l’humanité, en même temps que des représentants d’autres espèces sapientes qui ont peuplé la Terre et qui ont elles aussi disparu. Dans quel but ? Une nouvelle sur les thèmes de l’entropie et de l’espace-temps qui vaut surtout pour son ambiance unique.
Impanga, de Akaliza Keza Ntwari : Niya vit dans un mode qui a survécu à une grande catastrophe. Les Impangas, ceux de l’autre monde, avaient failli tuer tous les êtres de verre. Les anciens ont ensuite construit des enceintes protectrices. Mais à travers le mur, certains peuvent voir les Impangas avec lesquels, peut-être, ils sont connectés. Une jolie nouvelle empreinte de mythes inspirés de l’Afrique.
Systèmes judiciaires universels, de Lettie Prell : Cole attend d’être jugé. Mais selon quel système judiciaire, quelles lois ? L’auteure s’amuse à dessiner différents modèles radicalement différents du nôtre, et qui ont tous leur logique. « Dans quel système sommes-nous ? » « Le seul qui existe. »
Ce recueil se termine avec deux longs articles.
Le Multivers est-il le lieu où l’originalité va mourir ?, de Stephanie Burt, publié dans le New Yorker. Essai référencé sur les multivers dans la pop culture et ses significations, pourtant trop centré (à mon goût) sur les productions Marvel.
Futurs moddables : la science-fiction comme laboratoire, de Colin Milburn. L’auteur s’interroge sur les liens entre science-fiction et science, et comment les écrivains d’imaginaire nourrissent les chercheurs, quitte pour ces derniers à modifier des éléments des romans a priori impossibles dans notre réalité. Article que j’ai trouvé peu convaincant.
En conclusion : un recueil très riche, à découvrir pour ses nouvelles.
Autres chroniques dans la blogosphère : Gromovar,
Présentation de l’éditeur : « Multivers : jamais une idée n’a autant voyagé d’un domaine à l’autre, d’un monde à l’autre. De la théologie à la philosophie, de la cosmologie à la physique quantique, de l’histoire contrefactuelle à l’anthropologie décoloniale, de la littérature canonique à la littérature populaire, en plus de 2000 ans, il a été maintes fois question de pluralité des mondes, de mondes possibles ou parallèles, de réalités ou de temporalités alternatives. Ce qui relève aujourd’hui de l’inobservable se déplace. Les scientifiques prennent de plus en plus au sérieux l’idée que notre univers ne serait qu’un parmi une infinité d’autres. Ils commencent à mettre au point de nouveaux tests empiriques pour le prouver. Mais à quoi ces autres univers pourraient-ils ressembler ? À quelles lois obéiraient-ils ? Et comment nos institutions s’y adapteraient-elles ? Comment pourrions-nous encore faire le récit de nos vies, raconter l’histoire de nos sociétés, sachant qu’elles ne seraient qu’une simple version dans une multiplicité et une diversité d’autres, aussi immenses qu’inimaginables ?
Ainsi, Multiversalités est un ouvrage à la frontière entre science et littérature, réalité et fiction, le possible et l’impossible, qui réunit des auteurs de science-fiction et des chercheurs dont les textes s’efforcent de penser l’hétérogénéité radicale. »
