Anticipation, Science-Fiction, Space-Opera, Uchronie

Les Chants de Nüying, d’Emilie Querbalec

Genre : Science-Fiction.
Première édition : 2022 en VF.
Présentation de l’éditeur : « La planète Nüying, située à vingt-quatre années-lumière du Système solaire, possède de nombreux traits communs avec la Terre d’il y a trois milliards d’années. On y trouve de l’eau à l’état liquide. Son activité volcanique est importante. Ses fonds marins sont parcourus de failles et comportent quantités de sources hydrothermales. Elle possède une magnétosphère et une atmosphère dense, protectrice. Tout cela en fait une bonne candidate pour héberger la vie.
La sonde Mariner a transmis des enregistrements sonores de Nüying : des chants qui évoquent par analogie ceux des baleines.
Quand elle était enfant, Brume a entendu cet appel. Désormais adulte, spécialisée dans le domaine de la bioacoustique marine, elle s’apprête à participer à la plus grande aventure dans laquelle se soit jamais lancée l’Humanité : rejoindre Nüying au terme d’un voyage spatial de vingt-sept années.
Que va-t-elle découvrir là-bas ?
Une civilisation extraterrestre ou une remise en cause totale de ses certitudes ? »

Ma chronique :

Roman de science-fiction en apparence simple — un voyage spatial vers une autre planète à explorer — et qui commence par un prologue empreint de poésie et de mystère, Les Chants de Nüying se révèle riche en thématiques, tout en proposant une atmosphère réaliste, crédible, et sensible.

Brume, scientifique d’origine vietnamienne, spécialiste des mondes aquatiques et des interfaces homme-machine, se rend à Paris voir une dernière fois son père avant de s’embarquer vers Taihe-Concordia, pour ensuite rejoindre le vaisseau qui mettra vingt-sept ans à atteindre la planète Nüying, où des chants mystérieux ont été captés par une sonde. Brume a passé des années à étudier le chant des baleines, rêve d’écouter ceux de Nüying, et surtout de découvrir quels êtres les émettent dans les océans glacés de cette planète inhospitalière.

Insidieusement, le lecteur est plongé dans un monde légèrement uchronique. Légèrement, car on croyait être au début du XXIe siècle qu’on connaît, et l’auteure sait capter des moments de vie si crédibles, avec les gestes quotidiens familiers et les non-dits entre les êtres, mais en même temps… Nous sommes au XXIVe siècle, et le monde est dominé par la Chine. L’histoire se révèle un peu différente de celle que nous connaissons, mais suffisamment pour des moments étranges : l’importance de la culture asiatique, la prépondérance de la langue chinoise, et cependant tout semble si réel !

Le roman suit l’arrivée de Brume dans la station, sa rencontre avec d’autres personnages et notamment Jonathan, milliardaire chinois qui finance la mission et qui est un membre éminent de l’Éveil, courant religieux né du bouddhisme en exil. La longue préparation au voyage — qui, miracle de l’écriture, est vivante et passionnante — est l’occasion de mieux découvrir cet univers, les personnages avec leurs espérances, et quelques thématiques fortes.

Ce roman de science-fiction ne va jamais là où on l’attend. Le voyage de plusieurs années est perturbé par les fidèles de l’Éveil, et l’auteure explore le sectarisme religieux avec cette croyance eschatologique qui séduit les Sélénites. Pour une fois, nous avons autre chose qu’un dévoiement d’un des monothéismes que nous connaissons si bien. Au contraire, elle imagine une version radicale du bouddhisme tibétain, qui s’est propagé dans la population de la station et qui perturbera le cours de l’histoire.

Très rapidement arrive un autre thème classique de la science-fiction, celui des esprits téléchargés dans des matrices informatiques. Jonathan, le milliardaire, a enregistré ses souvenirs destinés à être transférés dans des clones quand le vaisseau approchera de Nüying. Mais ce nouveau Jonathan sera-t-il toujours Jonathan ? Peut-on sauvegarder ce qui fait l’essence même de notre esprit, supérieur à la somme de nos souvenirs ? L’auteure pousse plus loin la réflexion, et, sans dévoiler des éléments essentiels de l’intrigue, elle interroge ce désir d’immortalité — ou du moins, de vie très longue — acquis grâce à une technologie inévitablement faillible, même si, sur ce sujet comme sur d’autres, elle propose une fin sujette à interprétation.

Le changement de point de vue — d’autres personnages deviennent narrateurs — éclaire de différentes visions un voyage interstellaire vers un but que chacun s’est assigné : tous n’ont pas les mêmes espoirs, et cette communauté s’avère bien fragile. Mais chaque fois, on y croit, tant l’auteure sait capter une atmosphère et décrire des personnages si humains, aussi bien dans leurs actions que dans leurs objectifs.

Parlons-en, des personnages : Brume, William, Jonathan, Dana et les autres… on croirait les avoir déjà rencontrés, tant ils sont sensibles, non exempts de défauts, et somme toute très réalistes. Ils sont vivants. Le récit prend le temps de les faire découvrir dans un quotidien à la fois familier et science-fictif, assumant l’optique de raconter avant tout le destin d’êtres humains qui entreprennent un voyage qui s’avérera différent des plans initiaux. Ou peut-être pas.

À titre personnel, j’ajoute qu’ayant eu un mois de septembre très chargé professionnellement — j’ai fini écrasée sous une montagne de tableaux Excel — j’étais ravie de retrouver le soir ce livre qui m’offrait un moment d’évasion, de rêve et de réflexion, et j’ai aimé accompagner les protagonistes jusqu’à leur destination.

Un roman solide, convaincant, bien écrit et riche en thématiques, qui confirme la maturité de l’auteure et sa place sur la scène de la science-fiction française.

Autres chroniques dans la blogosphère : Le Chien critique, FeydRautha, Yogo (le Maki), le nocher des livres, Célinedanaë, Tachan, Elwyn,

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6 réflexions au sujet de “Les Chants de Nüying, d’Emilie Querbalec”

  1. J’ai trop hâte de le lire, je l’ai gagné cette semaine à un concours sur instagram 🙂 🙂 Bon, maintenant il faut que la poste « n’égare » pas mon paquet, et si tout va bien, je le glisse dans les lectures de cet hiver, j’ai hâte aussi d’écouter ces chants de Nüying !

    Aimé par 1 personne

  2. Tu as bien raison c’est à la fois un roman qui fait du bien et qui amène là où on ne l’attend pas. Après on adhère ou pas car ça déstabilise. Ma seule frustration vient de la fin qui quoique logique m’a semblée un peu frustrante et incomplète 😅

    Aimé par 1 personne

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