Anticipation, Planet-Opera, Science-Fiction, SF Générale

Le Chant du Barde, de Poul Anderson

Mon avis : 18/20.

Genre : Science-Fiction.
Première édition : 1961 – 1982 (nouvelles).
Présentation de l’éditeur : « Exceptionnel best of réunissant les meilleurs récits de science-fiction de l’un des plus considérables auteurs du domaine, soit neuf longues novellas, dont pas moins de six prix Hugo ! 
Le volume dans son ensemble, et chaque texte en particulier, bénéficient d’une introduction de Jean-Daniel Brèque afin de situer l’œuvre et son contexte. Auxquelles s’ajoute une bibliographique exhaustive, le tout formant un ouvrage de référence incontournable.
« 

Ma chronique :

Ce recueil marque ma découverte de l’auteur. Belle surprise ! Les nouvelles mettent en scène des univers parfois très différents, elles explorent diverses thématiques, et la plupart sont de grande qualité !

Sam Hall (Sam Hall) : écrite au début des années 50, elle décrit déjà un avenir où tout le monde est fiché et noté ! Un des responsables du système de fichage modifie les données, au départ pour se protéger. Puis, par révolte contre le monde militarisé dans lequel il vit, il crée de toutes pièces la fiche d’un homme en marge de la société. Sans l’avoir prémédité, notre protagoniste déclenche une succession d’événements… Une nouvelle qui aborde des problématiques graves, et que j’ai beaucoup appréciée.

Jupiter et les Centaures (Call me Joe) : basé sur un des satellites de Jupiter, un homme est chargé de contrôler par l’esprit un être vivant adapté aux conditions de vie extrêmes de la planète géante, et créé à cet effet par des scientifiques. Une nouvelle intéressante sur le thème de la conscience et de l’esprit humain, mais qui n’est pas ma préférée du recueil.

Long cours (The Longest Voyage, Prix Hugo 1961) : sur une planète inconnue, des hommes vivent dans une civilisation prétechnologique. Un capitaine et son équipage prennent la mer, persuadés que leur terre n’est pas plate mais ronde, et partent à la recherche des mythiques Cités d’Or. Même si j’ai deviné la conclusion bien avant la fin, j’ai lu avec beaucoup de plaisir cette nouvelle sur le thème du devenir des groupes humains échoués sur des planètes isolées.

Pas de trêve avec les rois ! (No Truce With Kings, Prix Hugo 1964) : après une guerre dévastatrice, l’humanité est revenue technologiquement en arrière. Deux camps s’affrontent militairement au sein des Etats-Pacifique : des faucons va-t-en-guerre et adeptes de la centralisation, contre des modérés qui sont attachés à une société un brin féodale. Le lecteur découvre rapidement que des extra-terrestres évolués agissent en sous-main pour influencer l’Histoire, et à terme intégrer une humanité pacifiée dans la galaxie. Une nouvelle intéressante sur la destinée humaine et le libre arbitre.

Le Partage de la chair (The Sharing of Flesh, Prix Hugo 1969) : des milliers d’années après l’effondrement de l’Empire, des chercheurs appartenant à un peuple ayant conservé un bon niveau de technologie sont sur une planète où les groupes humains ont beaucoup régressé, y compris physiquement. Soudain, un des chercheurs est assassiné par un indigène dans des conditions ignobles. Sur le thème de la différence des cultures quand existe un écart technologique important, une nouvelle qui se révèle agréable à lire, avec une fin humaniste.

Destins en chaîne (The Fatal Fulfillment) : une nouvelle un peu à part : sur un prologue écrit par un auteur, quatre écrivains imaginent une suite… Poul Anderson s’est plié à l’exercice, mais je n’ai pas accroché à son récit, ou je n’ai pas compris l’intention. C’est la seule de ce recueil qui ne m’a pas donné de plaisir de lecture.

La Reine de l’Air et des Ténèbres (The Queen of Air and Darkness, Prix Hugo 1971, Locus et Nebula) : sur une planète au climat hostile, un jeune enfant est enlevé par des indigènes. Sa mère, désespérée que la police ne croie pas à un enlèvement, fait appel à un détective privé, alors que dans les régions reculées de cette planète, on croit à la présence d’êtres quasi magiques qui enlèvent les petits enfants. Une très jolie variation sur le thème des changelings revu dans une optique science-fiction, mêlée à une allégorie de la conquête des Amériques et la quasi-disparition des Indiens. L’auteur a réussi à garder une tonalité poétique et douce-amère sur le conflit entre la rationalité scientifique et le besoin de croyances. Cette nouvelle a reçu des prix largement mérités !

Le Chant du barde (Goat Song, Prix Hugo 1973 et Nebula) : une étrange nouvelle dans un futur indéterminé. Des entités (robots ? dieux ?) ont l’omnipotence sur l’humanité qui s’est déchargée de toute responsabilité sur ces entités. Le Harpiste a perdu sa bien-aimée, et réclame qu’on la lui rende… Narrée comme un songe, une histoire qui réinterprète certains mythes antiques et suggère la reprise en main de son destin.

Le Jeu de Saturne (The Saturn Game, Prix Hugo 1982 et Nebula) : des scientifiques sont partis pour un long voyage vers un des satellites de Saturne. Pour passer le temps, certains s’investissent dans un jeu de rôle. Arrivés à destination, quatre d’entre eux atterrissent sur le satellite, mais font-ils encore la différence entre la vie de leurs personnages et la vie réelle ? En cas d’incident grave, sauront-ils envisager rationnellement la situation, ou s’enfuir vers un monde imaginaire proposant des épopées héroïques périlleuses ? Une nouvelle douce-amère explorant le danger des jeux pour ceux qui ne sont plus intégrés dans une société réelle et complexe.

Mon avis : 18/20.

21 réflexions au sujet de “Le Chant du Barde, de Poul Anderson”

  1. Belle chronique
    Je suis passé à côté de l’auteur n’ayant lu de lui que « La patrouille du temps » en Marabout SF.
    Jeune, en d’autres temps anciens, confiant en la seule source d’informations SF que me fut la revue Fiction je croyais alors dur comme fer en l’appréciation critique négative des critiques le concernant. L’origine du pb n’était pas tant ce qu’il écrivait mais la polémique qu’il avait soulevé à son encontre (ainsi qu’à d’autres écrivains SF Us) en prenant fait et cause pour la Guerre au Vietnam. J’ai boycotté et me suis sans doute trompé.
    Un auteur qui m’est à découvrir. Ta chro va m’aider à revenir vers lui.

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      1. Caza est moins présent qu’avant en couvrantes de titres SF. Il est (parait t’il) trop cher. Le Belial a fait l’effort. Merci. C’est toujours mieux que des unes de couv neutres qui me font fuir.

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  2. Ça donne envie. J’ai grandement apprécié mes quelques lectures de l’auteur, à me demander maintenant pourquoi je n’en ai pas plus lu. Je prends bonne note de ce recueil du coup. ^^

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  3. Faites attention si vous voulez l’acheter en version numérique : par défaut, le « chant du barde » proposé sur certaines plateformes (dont la plus connue) n’est que la nouvelle isolée.
    Si vous voulez le recueil, il faut aller sur le site du Belial.
    => livre de poche : sur les plateformes habituelles
    => numérique ou grand format => site des éditions Bélial

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  4. Merci pour cette critique enthousiaste.
    Un petit détail: la notule que vous consacrez à « Destins en chaîne » pourrait faire croire que cette nouvelle a été écrite par plusieurs écrivains. Il n’en est rien: tout est de Poul Anderson, exception faite du prologue, rédigé par Keith Laumer, qui est commun à cinq textes dus respectivement à Anderson, Frank Herbert (« Meurtre vital », traduit dans le recueil « Champ mental »), Gordon R. Dickson (texte inédit en français), Harlan Ellison (« La Région intermédiaire », traduit dans « Galaxie » n° 85) et Laumer lui-même (texte inédit en français).

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    1. Merci pour votre précision, parce que ce n’est pas ce que j’avais compris de la note d’introduction ! Comme il y a 4 chapitres (+ 1), je pensais qu’il s’agissait des textes des 4 auteurs cités. Ça prête vraiment à confusion.
      Je vais modifier mon commentaire.

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      1. @Morganex : oui, mon post twitter a été partagé par le site du Belial.
        Il va falloir à l’occasion que je relise cette nouvelle avec cette information, parce que je pensais qu’il n’y avait pas de fil conducteur entre les chapitres.
        Je vais attendre un peu pour avoir un œil neuf.

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      2. Je suppose maintenant que je ne l’ai pas comprise parce que je suis partie sur un postulat faux.
        Ça doit être pour ça que c’est la seule que je n’ai pas aimée.

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      3. Merci.
        Comme je le précise dans l’introduction, « Destins en chaîne » est aussi un clin d’oeil à l’oeuvre de Philip K. Dick: univers parallèles, réalités truquées… Un peu réservé aux initiés, certes, et énigmatique quand on ne possède pas les clés.

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  5. De mémoire, je n’ai lu que deux Poul Anderson, à savoir *Tau Zéro* (génial) et *La Route étoilée* (bof pour moi). C’est l’un des auteurs que j’ai le moins lu de cet « âge d’or US » de la SF. Merci beaucoup pour ta chronique qui met en avant ce recueil de nouvelles que je ne connaissais pas, ça va me permettre de me plonger dans les écrits de cet auteur !

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  6. J’avais beaucoup aimé ce recueil également. La nouvelle Sam Hall est vraiment épatante tellement elle est visionnaire sur certains sujets (et à côté de la plaque sur d’autres ^^).

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